Ressource documentaire
Rapport 2026 sur l’état du sexisme en France du HCE : une poussée masculiniste alarmante
Publié le 29 janvier 2026
Le Haut commissariat à l’égalité a publié le 21 janvier dernier son rapport annuel 2026 sur l’état du sexisme en France. Il s’est notamment attaché à identifier l’adhésion aux thèses masculinistes, sujet déjà mis en avant dans le rapport 2025 qui faisait état d’un fossé entre leur visibilité croissante et la montée réciproque d’une prise de conscience féministe dans la société.
Sexisme hostile et sexisme paternaliste
Le rapport s’attache à décrire deux types de sexisme :
- Le sexisme hostile qui affiche ouvertement un mépris des femmes et justifie les comportements violents et discriminatoires à leur égard : 17% des personnes de plus de 15 ans souscrivent au sexisme hostile, 23% des hommes y adhèrent (p14),
- Le sexisme paternaliste, à la violence plus latente, qui valorise les rôles traditionnels genrés : 23% de la population française adhère à cette vision, 27% des hommes sont concernés (p15).
Le rapport souligne donc une appréciation genrée dans l’adhésion à ces thèses : si une certaine proportion de femmes les défendent, les hommes sont néanmoins plus nombreux à s’en revendiquer.
Ces deux types de sexisme forment un continuum, d’une version plus « acceptable » à une autre plus ouvertement violente et participent tous les deux au maintien des stéréotypes de genre et à la persistance des violences envers les femmes.
Perception des violences et normes de genre
Une perception différenciée des conséquences du sexisme
54% des femmes considèrent qu’il est désavantageux dans notre société d’être une femme, contre 42% des hommes. Cet écart se creuse chez les 15-24 ans : 75% des femmes souscrivent à cette idée contre 42% des hommes. (p17)
Le rapport démontre que les jeunes hommes notamment adoptent une « lecture concurrentielle des rapports de genre » (p18) : les avancées des droits des femmes sont vécues comme engendrant des risques pour les hommes, à rebours d’une vision égalitaire de ces progrès sociaux.
L’ensemble des espaces sociaux est traversé par les inégalités de genre
84% des femmes déclarent avoir vécu une situation de sexisme (p29). Les femmes pointent la persistance des inégalités, notamment dans les espaces du travail, de la rue et des transports, espaces dans lesquels elles témoignent subir discriminations et violences :
- Plus de 6 femmes sur 10 témoignent avoir été moins bien traitées dans la rue ou les transports en raison de leur genre (p29),
- 49% des femmes déclarent être confrontées à des discriminations au travail (p22).
Persistance d’une vision patriarcale de notre société
L’enquête témoigne du profond ancrage du sexisme paternaliste dans la société française (p26) :
- 62% des sondé·es adhèrent à l’idée qu’une femme serait « naturellement plus douce » qu’un homme,
- 51% des femmes déclarent avoir été moins bien traitées dans leur vie de famille contre 22% des hommes,
- 78% des sondé·es considèrent que l’homme doit assurer la responsabilité financière de sa famille.
- 24% des sondé·es estiment normal qu’une femme accepte un rapport sexuel « par devoir » ou « pour faire plaisir à son partenaire ».
Le rapport insiste sur le fait qu’une plus grande tolérance aux situations de violence est exprimée par les personnes adhérant au sexisme hostile (p31). Il explicite : « Ce lien spécifique entre sexisme hostile et tolérance à la violence s’inscrit dans une logique idéologique plus large, proche de certains cadres de penser masculinistes ».
Lutter contre les violences de genre
Le rapport fait état de 65% des répondant·es jugeant l’action des pouvoirs publics insuffisantes en matière de prévention et de lutte contre le sexisme (p33). Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à le penser. La méfiance envers les institutions judiciaires est particulièrement manifeste puisque 66% des sondé·es déclarent ne pas avoir confiance en la Justice.
Face à la croissance des discours masculinistes et la persistance des biais sexistes, le HCE défend plusieurs mesures, notamment :
- L’application pleine et entière des programmes d’EVARS
- La poursuite de la formation et de la prévention à l’âge adulte, notamment dans la sphère professionnelle,
- La mise en place de budgets sensibles au genre,
- Renforcer les moyens de lutte contre la haine en ligne, dirigée notamment contre les femmes.
Focus sur les masculinismes
Le rapport consacre un focus à l’idéologie masculiniste (p55). Il rappelle leur construction et détaille les différents mouvements dans lesquels ils s’inscrivent. Il éclaire les postulats erronés sur lesquels elle se fonde et détaille une adhésion importante des hommes inquiétantes (p61) :
- 60 % des hommes pensent que « les féministes veulent que les femmes aient plus de pouvoir que les hommes », reflétant une vision du féminisme comme une menace pour les hommes,
- Plus de 18 % des hommes croient que « les femmes prennent les postes des hommes sur le marché du travail », une idée liée à la théorie du « remplacement » masculin.
- 39 % des hommes (et 25 % des femmes) estiment que « le féminisme menace la place et le rôle des hommes dans la société » (p62).
Le rapport pointe la corrélation entre la croissance du masculinisme et la montée des idéologies réactionnaires liées notamment à l’extrême-droite (p62). Le masculinisme s’oppose au féminisme, perçu comme une revendication de prise de pouvoir des femmes sur les hommes, et non comme une revendication d’égalité. Dès lors, les masculinismes défendent des « privilèges masculins » face aux femmes qui seraient privilégiées à plusieurs égards.
La diffusion de ces idéologies dans les différentes sphères de la société, notamment chez les plus jeunes, doit appeler à une mobilisation de l’ensemble des acteurs. Le rapport pointe un effet de radicalisation chez les personnes porteuses de ces discours (p73). Il porte d’ailleurs l’idée d’intégrer le « terrorisme misogyne » dans les doctrines de sécurité.
Ces constats viendront alimenter le travail de l’observatoire des violences faites aux femmes de l’Hérault.
Retrouvez le rapport complet et toutes les informations afférentes sur le site du HCE.
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