Le coût économique et professionnel d’être femme et d’être mère : rapport du HCE – 2026

Le Haut commissariat à l’égalité a partagé en septembre 2026 un rapport intitulé « Du plancher collant au plafond de mère ». A partir de différentes enquêtes, ce rapport synthétise différentes enquêtes sur les inégalités économiques, salariales et professionnelles entre hommes et femmes. Il formule également un ensemble de 46 recommandations pour lutter contre ces inégalités.

Des inégalités intriquées à une socialisation genrée

Le rapport rappelle le rôle prépondérant de la socialisation primaire des enfants sur lequel se construisent les inégalités économiques et professionnelles (p16 à 18). On observe dès l’enfance une « division sexuelle du travail » au travers notamment de la répartition des tâches ménagères, auxquelles les petites filles sont beaucoup plus mises à contribution quel les petits garçons. Le HCE parle alors de « care naturalisé » en assignant aux filles dès l’enfance à prendre soin des autres. Il explique que l’éducation à l’égalité est un levier de socialisation égalitaire au care.

Les stéréotypes de genre ont notamment des conséquences sur les orientations scolaires et professionnelles.

Les inégalités salariales et professionnelles dans le monde du travail

Le rapport pointe la persistance d’inégalités salariales fortes : le revenu issu du salaire moyen pour les femmes est 21,8% inférieur à celui des hommes en 2024 (p22).

Le rapport mentionne également l’existence d’une « ségrégation horizontale » du travail (p24) : hommes et femmes sont inégalement distribué.es dans les différents secteurs et métiers. Les femmes occupent la majorité des emplois du secteur tertiaire (87% d’entre elles y travaillent), notamment les emplois moins valorisés socialement et économiquement.

Même lorsqu’elles occupent des postes à responsabilité, les femmes sont discriminées : dans le secteur privé, les femmes occupent 42% des emplois salariés mais ne représentent que 24% du 1% des postes les mieux rémunérés (p25).

La maternité, réelle ou non, est un facteur de discrimination des femmes. Le rapport parle de « suspicion maternelle » (p30) : à la recherche d’un emploi mais également dans la progression de la carrière. Ces inégalités reposent également sur des stéréotypes liés à la parentalité (p36-45). A ce titre, le rapport réexplicite la baisse de la natalité constatée en France (taux de fécondité en baisse de 1,61 enfant par femme en 2024 à 1,56 en 2025). Il évoque le risque d’une instrumentalisation raciste et antiféministes de cette baisse qui réassignerait les femmes à un rôle maternel unique (p50). Il explique que si le modèle français, par la défamiliarisation partielle des aides à la prise en charge des enfants permet plus qu’ailleurs en Europe aux femmes de se maintenir en emploi, il n’organise cependant pas suffisamment le partage du travail parental. Dès lors, il invite à évaluer la mise en place d’un service public de la petite enfance.

Le rapport présente la notion de « child penalty » pour parler de l’impact de la maternité sur les carrières des femmes :

  • L’arrivée d’un enfant favorise l’interruption d’activité et la chute de revenus : l’INSEE a ainsi démontré que l’arrivée d’un enfant entraîne une chute de 40% des revenus de la mère en moyenne (p70).
  • le recours au temps partiel est plus important pour les femmes ayant des enfants : en 2024, 37,2% des femmes salariées avec 2 enfants dont un de moins de 3 ans sont à temps partiel, contre 5,4% des hommes à situation comparable (p73).
  • L’arrivée d’un enfant impacte plus fortement le déroulement des carrières des femmes que des hommes (p74).

Le rapport formule plusieurs propositions, notamment relatives à une meilleure répartition du congé parental.

Au sein du couple

Les stéréotypes perdurent également au sein du couple où les inégalités sont matérielles :

  • Les femmes vont plutôt participer aux dépenses courantes du ménages et les hommes plutôt aux achats durables (p57),
  • Les femmes sont deux plus exposées au surendettement (p57),
  • L’écart de patrimoine moyen entre hommes et femmes est passé de 9% en 1998 à 16,3% en 2015 (p59).

A cet égard, la conjugalisation d’un certain nombre de prestations sociales et de la fiscalité pèse plus lourd sur le membre du couple aux plus petits revenus, en général la femme.

L’encore inégale répartition du travail domestique et la charge mentale ont par ailleurs des incidences sur la disponibilité professionnelle des femmes et sur leur santé : le risque de dépression est de 19% chez les femmes déclarant une charge mentale élevée contre 11% chez celles n’en déclarant pas.

Par ailleurs, lorsque des situations de violences se produisent, les moyens de pression économique peuvent être utilisés par l’auteur, dans une logique de contrôle coercitif. Le rapport reprend ici les éléments issus du rapport 2025 du 3919 ( p108).

Enfin, le rapport rappelle que la séparation est un moment d’appauvrissement des femmes. Ainsi, en Occitanie, l’année de la séparation, le niveau de vie médian des femmes baisse de 17% soit environ 300€ par mois (p111). Le non versement des pensions alimentaires impacte les ressources dévolues aux enfants : les dispositifs d’intermédiation de paiement mis en place via la CAF (ARIPA) pour les sécuriser n’ont pas permis de résoudre toutes les difficultés. La nécessité que la pension soit fixée dans un titre exécutoire et les délais de traitement maintiennent un certain nombre de difficultés. (p115-116). Le HCE pointe l’enjeu de mettre en place un parcours de sécurisation économique post-séparation fiable, complet et articulé avec l’ensemble des dispositifs (p117).

Prendre en compte les vulnérabilités croisées

Le rapport insiste tout au long de sa démonstration sur l’importance de prendre en compte que pour chacune de ces discriminations, elles s’appliquent d’autant plus fortement si la femme cumule des vulnérabilités : précarité économique, port d’un handicap, origine étrangère, etc.

Les constats posés dans ce rapport vont alimenter les réflexions de l’OVFF 34, notamment les travaux du groupe de travail sur les violences économiques.

 

 

 

Mots clés : discriminations, inégalités économiques, inégalités professionnelles, violences, violences économiques